Leur domination du peuple Corse fut pendant trois siècles lourde à la contrée, qu'ils exploitèrent sans merci, malgré
la résistance indomptable de quelques familles, celles, notamment, de Sambucuccio, de Sampiero Corso de Bastelica, etc., dont les exploits revivent encore dans les légendes populaires corses. Dès ce moment, d'ailleurs, un grand nombre des habitants de file émigrent, et vont chercher fortune à l'étranger : les d'Ornano s'illustrent en France, les Pozzo di Borgo et les Jacobi à Venise. Au xviir siècle, enfin l'heure sonne de la délivrance du pays, qui dès 1729 se soulève tout entier contre Gènes. L'empereur d'Autriche, qui était d'abord intervenu pour maintenir la domination génoise, ménage en 1733 une transaction honorable entre les deux partis; mais deux ans après la guerre reprend. André Ceccaldi, Louis Giafferi, Hyacinthe Paoli et son fils aimé Clément sont les protagonistes de la lutte à laquelle la France, appelée par les Génois, et bien accueillie par les Corses, prend part dès 1737. Dans l'intervalle, avait surgi le baron messin de Neuhoff, dont la royauté sur l'île fut imaginée par Jean-Pierre Gaffori; roi sous le nom de Théodore I", cet aventurier disparut de la scène au bout de cinq mois. Pascal Paoli, le fils cadet d'Hyacinthe qui avait dû quitter l'île en 1739, donnait à son pays, à partir de 1755, une forte organisation militaire et administrative, avec la pensée d'en faire une terre indépendante; mais en mai 1768 un traité signé avec Gènes transférait à la France la possession de la Corse, et la victoire de Ponte-Nuovo (1769) obligeait Paoli à se réfugier en Angleterre. La tentative qu'il fit en 1793 pour reprendre possession de File resta infructueuse et, malgré une intervention anglaise en 1794, les Corses restèrent fidèles à leur nouvelle patrie. L'avènement d'un des leurs, Napoléon, au trône impérial, les confirma dans leur foi française.